Esma Ben Said
14 Février 2018•Mise à jour: 15 Février 2018
AA / Alger / Karim Kabir
Alors que le pays connaît une effervescence sur le plan social, à travers des grèves et des rassemblements organisés par des syndicats dans de nombreux secteurs, comme l’éducation et la santé, l’opposition algérienne, dans ses diverses tendances, peine à se regrouper.
Elle veut pourtant équilibrer le rapport de force face aux partis qui composent le pouvoir : le front de libération national du président Bouteflika, majoritaire à l’assemblée (165 sièges au Parlement / 462), et le rassemblement national démocratique (RND) du premier ministre, Ahmed Ouyahia (100 sièges).
Signe de cette difficulté : l’appel, resté sans écho, à une candidature unique lors de l’élection présidentielle, prévue au printemps 2019, lancé par Sofiane Djilali, président de Jil Jadid (Nouvelle génération) qui a boycotté les dernières élections locales en raison «du parti pris de l’administration en faveur des partis du pouvoir», selon lui.
«Dans un contexte de situation économique et financière préoccupante, c’est encore prématuré de parler d’un cinquième mandat, encore moins d’un candidat unique pour l’élection présidentielle», réagit Abderazak Makri, président du mouvement de la société pour la paix (MSP, islamiste).
Il est considéré comme principal parti d’opposition au parlement et dont le parti prépare le congrès prévu en Mai prochain.
Pourtant, quelques semaines après l’élection présidentielle de 2014, l’opposition de diverses tendances, s’est regroupée à Mazafran, à l’ouest d’Alger. Beaucoup tablaient sur un changement de rapport de force.
L’opposition avait réussi à s’entendre autour d’une plate-forme réclamant au pouvoir l’organisation d’une transition et la mise en place d’une instance indépendante pour l’organisation des élections.
Mais très vite, faute d’un travail de mobilisation sur le terrain et face aux entraves de l’administration, des divergences sont apparues entre ses membres.
Des divergences liées à l’attitude à prendre face au président de la République, face aux élections, mais aussi à la crainte d’aller à des démonstrations de rue, au risque de voir la situation leur échapper.
Alors qu’ils s’étaient entendus de ne participer aux élections qu’une fois que l’Instance indépendante d’organisation des élections soit mise en place, certains partis ont préféré participer aux législatives de Mai 2017, tandis que d’autres ont boycotté.
«Pour nous, la conférence de Mazafran, événement fondateur, ne pouvait atteindre ses objectifs sans la mobilisation populaire. »
«Cet accord est certes porté par des organisations représentatives de courants ayant un écho dans notre société, mais il ne pouvait et il ne peut aboutir sans l’implication des citoyens», a admis vendredi dernier, Mohcine Bellabes, président du RCD (Rassemblement pour la Culture et la démocratie, 9 députés), à l’ouverture des travaux du congrès du parti qui s’est tenu à Alger.
«Sans jeter la pierre à qui que ce soit, cette voie de la mobilisation indispensable a trouvé peu d’écoute chez nombre de nos partenaires. Nous demeurons cependant convaincus que quelles que soient les formes à mettre en œuvre, la transition démocratique est d’actualité si on veut éviter à notre pays et à notre peuple des épreuves et des aventures qui risquent d’hypothéquer notre avenir (…)», a-t-il ajouté devant de nombreux leaders d’autres formations de l’opposition invités.
Pourront-ils se regrouper de nouveau, maintenant que la crise économique s’installe, que le front social est en ébullition et que les partis du pouvoir s’entredéchirent?
Des divergences sont, en effet, apparues ces derniers temps entre le FLN et le RND à propos de l’ouverture du capital des entreprises publiques au privé, alors qu’au sein du parti majoritaire, l’hypothèse d’un cinquième mandat pour le président, 79 ans, au pouvoir depuis 1999, affaibli par un AVC depuis 2013, ne semble pas faire consensus.
«Le pays est dans une impasse », constate Ali Benflis, ancien chef de gouvernement, aujourd’hui passé à l’opposition, à la tête d’un parti Talaiou El Houriyet (avant-garde des libertés).
En attendant un hypothétique regroupement, les partis de l’opposition préparent pour la plupart leur congrès prévus dans les prochaines semaines.
Mais pas toujours, dans la sérénité, comme vient de le prouver le front des forces socialistes (FFS), plus vieux parti d’opposition crée au lendemain de l’indépendance, en 1963, dont un membre influent de la direction, Ali Laskri, vient de jeter l’éponge pour contester le mode de fonctionnement du parti jugé «antidémocratique ».