AA/France/Esma Ben Said
Depuis que l'Arabie Saoudite et ses alliés (Egypte, Bahreïn, Emirats arabes unis) ont rompu le 5 juin dernier, leurs relations avec le Qatar qu'ils accusent de soutenir le « terrorisme », le continent africain ne sait plus sur quel pied danser.
Alors que le Qatar réfute ces accusations, assurant que ses voisins du Golfe de veulent le mettre «sous tutelle» et l’étouffer économiquement, les pays africains ne parviennent pas toujours à choisir quel clan rallier.
Ainsi, si certains pays africains ont choisi de soutenir Ryad, en rompant leurs relations diplomatiques avec Doha (Mauritanie, Comores), ou en rappelant leurs ambassadeurs (Sénégal, Tchad, Niger), d’autres ont préféré jouer la carte de la neutralité en appelant au dialogue (notamment l’Algérie, la Tunisie et le Maroc).
Les pays qui affichent un clair soutien à l’Arabie Saoudite :
Dès le lendemain du déclenchement de la crise du Golfe persique, la Mauritanie s’est alignée du côté de Ryad. Nouakchott a accusé le Qatar de « soutenir des organisations terroristes, de propager des idées extrémistes et de semer l’anarchie », indique un communiqué officiel, dont Anadolu a reçu copie.
Le 7 juin, c’est l’archipel des Comores, seul Etat de l’océan indien à être membre des pays de la Ligue arabe, qui annonce fermement sa rupture avec le Qatar.
Le président de l'Union des Comores Azali Assoumani, qui s’est exprimé à sa sortie du conseil des ministres, a ainsi justifié sa décision : « Il fallait faire un choix, les Comores choisissent l'Arabie saoudite même si le Qatar est un pays-frère plus qu'un pays ami ».
« L'Arabie Saoudite est le lieu choisi pour faire naître l'islam, c'est donc aussi notre pays », a encore dit le président. A rappeler, les Comores sont régulièrement soutenues financièrement par l’Arabie Saoudite.
La rupture des relations avec le Qatar n’est en tout cas pas au goût de tous. Ainsi, de nombreux Mauritaniens et Comoriens se sont exprimés sur les réseaux sociaux, estimant que leur pays sera le seul perdant d’une telle rupture.
Rupture à demi-mot :
Sans rompre totalement tous liens avec Doha, Dakar, (tout comme Niamey - Niger), s’est lui aussi montré solidaire de l’Arabie saoudite, en rappelant son ambassadeur du Qatar. Dakar a justifié ce geste en indiquant vouloir simplement consulter son diplomate sur les suites à donner à cette crise.
Ce rappel est toutefois un coup de massue pour le Qatar qui entretenait de bonnes relations avec le Sénégal, selon la presse nationale.
Le 7 juin le gouvernement djiboutien a quant à lui décidé de réduire le niveau de sa représentation diplomatique au Qatar.
«La décision du gouvernement de Djibouti a été prise en guise de solidarité avec la coalition internationale de lutte contre le terrorisme et la violence extrémiste, ainsi que les pays du Golfe et les pays arabes», note le communiqué du gouvernement.
Après cette prise de position, le Qatar a aussitôt décidé de mettre fin au processus de médiation qu'il a lui-même amorcé afin de parvenir à un règlement pacifique à la crise opposant Djibouti à son voisin érythréen.
« Les forces d'interposition qataries (450 soldats) déployées à la frontière entre Djibouti et l'Erythrée ont ainsi entamé mercredi leur retrait conformément aux dispositions prises par leur pays », annonce un communiqué du ministère djiboutien des Affaires étrangères.
Le Tchad a décidé pour sa part, le 8 juin, de «rappeler son ambassadeur à Doha, au Qatar, pour consultation », selon un communiqué du ministère tchadien des Affaires étrangères, tandis que le Gabon a lui aussi affiché son soutien à l’Arabie saoudite en condamnant « les agissements récurrents du Qatar en faveur du terrorisme ». Le Gabon n’a toutefois pas fermé la porte à la « normalisation de ses relations dans un avenir proche » avec le Qatar.
Les pays qui appellent au dialogue :
Du côté de l’Afrique de l’Est, Khartoum a regretté la décision des « cinq pays arabes frères ». Le Soudan, tout comme la Somalie a appelé les parties « au dialogue » et a proposé son aide pour une médiation afin de « protéger les intérêts des pays et des peuples arabes ». Le Soudan entretient d’excellentes relations avec le Qatar. En revanche, il entretient avec l’Egypte un conflit portant sur la répartition des eaux issues du barrage Ennahdha en Ethiopie.
La Tunisie, réputée proche du Qatar, n’a pas tranché, préférant, elle aussi, appeler au dialogue.
Le ministre tunisien des Affaires Etrangères, Khemaies Jhinaoui, a récemment fait savoir que la Tunisie établit des contacts étroits avec tous les acteurs de la crise du Golfe persique.
Le Chef de la diplomatie tunisienne qui se trouvait en Turquie ce vendredi dans le cadre d’une visite officielle, a déclaré : « cette crise démontre que notre région est toujours en prise avec les divisions et les attaques. Nous n’avons pas voulu prendre parti. Nous voulons que la crise soit réglée par des voies pacifiques », a-t-il dit.
Du côté de l’Algérie, on prône aussi le dialogue. «La position de l'Algérie est honorable. C'est le premier pays à avoir rendu public un communiqué pour appeler au dialogue et c'est ce à quoi nous œuvrons avec de nombreux pays dans la région », a d’ailleurs rappelé le ministre qatari des Affaires étrangères, Soltan bin Saad Al-Muraikhi, qui s’exprimait jeudi à Alger face à la presse, à l’issue d’un entretien avec son homologue algérien, Abdelkader Messahel.
«L'Algérie en tant que grand pays dans le monde arabe peut, de par son influence dans la région, jouer un rôle dans les relations inter-arabes », a encore déclaré le chef de la diplomatie qatari.
Le Royaume Chérifien a lui aussi choisi la neutralité dans ce conflit, d’après un communiqué du ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale. Ce qui n’a pas empêché le Maroc d’envoyer des avions chargés de produits alimentaires à destination du Qatar.
« Cette décision -prise sur ordre du roi Mohamed VI- intervient en conformité avec les préceptes de la sainte religion islamique qui incite à la solidarité et à l’entraide entre les peuples islamiques, notamment en ce mois béni de Ramadan », justifie un autre communiqué du ministère marocain des affaires étrangères.
Dans un souci « d’éviter tout amalgame ou malentendu avec les autres protagonistes de ce conflit », le Maroc a encore affirmé que cette décision « n’a aucun lien avec les aspects politiques de la crise entre l’Etat du Qatar et d’autres pays frères », poursuit le texte.
Ces différentes prises de positions (ou non) ne seront probablement pas sans conséquences pour la plupart des pays africains et surtout ceux à majorité musulmane, qui, d’après le chercheur français associé aux programmes Afrique et Énergie de l’Institut français des relations internationales (IFRI) n’ont pas vraiment d’autre choix que de rallier l’Arabie Saoudite.
En effet, pour le chercheur, cité par Le Monde Afrique dans son édition du 12 juin, Riyad tentera probablement de rallier tous les pays africains à sa cause en utilisant deux leviers de pression : « L’arrêt potentiel d’une manne financière pourtant jusqu’alors très modeste – en dehors des projets financés par le Fonds arabe pour le développement économique et social (Fades) – et des menaces à peine voilées de complications dans l’obtention de visas pour le pèlerinage à La Mecque ».
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