AA / Abidjan / Fulbert Yao
En dépit des conditions économiques mondiales défavorables et des chocs climatiques et régionaux, beaucoup de pays africains continuent d’enregistrer une croissance vigoureuse : 18 pays ont affiché en 2017 une croissance supérieure à 5 %.
La croissance moyenne du PIB de l’Afrique devrait s’élever pour sa part à 4,1 % en 2018 et 2019.
Toutefois, dans le sens où ceux-ci présentent un potentiel important de développement, se pose la problématique des domaines d'activité les plus intéressants pour l'investissement.
Etats des lieux
Parmi les sous-régions de l’Afrique dont les perspectives de croissance sont prometteuses, l’Afrique de l’Est demeure celle dont la croissance est la plus rapide, estimée à 5,6 % en 2017, en hausse par rapport aux 4,9 % enregistrés en 2016.
La croissance devrait rester dynamique et atteindre 5,9 % en 2018, puis 6,1 % en 2019.
De nombreux pays (Djibouti, l’Éthiopie, le Kenya, le Rwanda, la Tanzanie et l’Ouganda) affichent une croissance égale ou supérieure à 5 %.
La consommation privée est le moteur le plus important de la croissance aux Comores et au Kenya, souligne dans son rapport «perspectives économique 2018», la Banque Africaine de développement (BAD).
L’Afrique du Nord a enregistré le second taux de croissance le plus élevé d’Afrique, à 5,0 % en 2017, en hausse par rapport aux 3,3 % enregistrés en 2016.
La croissance de la sous-région devrait s’accélérer pour atteindre 5,1 % en 2018, puis ralentir pour s’établir à 4,5 % en 2019.
La reprise de la production pétrolière en Libye a soutenu cette croissance. Le PIB du pays a augmenté de 5,1 % en 2017, après un déclin les années précédentes, mais la production est restée d’environ un tiers inférieure à celle enregistrée avant les «Printemps arabes» de 2011.
En Afrique de l’ouest, la Côte d’Ivoire (8%), le Ghana (6,3%), le Sénégal (6,8%) sont d’autres pays à grande performance ayant contribué à hisser la croissance.
D’autres pays, le Bénin, le Burkina Faso, la Sierra Leone et le Togo ont connu également une croissance d’au moins 5 %.
Ces progrès remarquables sur le plan des indicateurs économiques ont été accomplis grâce à de nombreux facteurs dont les bonnes politiques macroéconomiques, des progrès dans les réformes structurelles (en particulier dans le développement des infrastructures), des cadres politiques pertinents, souligne l’institution.
Ces progrès sont aussi le reflet d’une conjoncture internationale plus favorable, du rétablissement des prix des matières premières (principalement le pétrole et les métaux), de la demande intérieure soutenue, en partie satisfaite par la substitution, des importations, et des améliorations de la production agricole.
Des domaines prometteurs
Approché par Anadolu à l’occasion d’un récent forum sur la résilience à Abidjan, Jean-Louis Ekra, membre du Conseil d`Administration du Groupe britannique Globeleq estime que le salut de l’Afrique est dans la transformation de ses ressources.
«Il faudrait essayer de transformer les ressources naturelles, qu’elles soient minérale, minières ou agricoles. Je pense que le salut de l’Afrique est dans la transformation de tous ses ressources parce qu’en transformant, vous créez des emplois localement, vous créez de la richesse localement et quand il y a de la richesse, on peut plus facilement redistribuer», souligne-t-il.
Pour l’expert, il faut aussi «développer l’agriculture, par le renforcement d’une agriculture extensive qui prend de l’espace et du terrain, une agriculture basée sur la science, la technique, la technologie, qui permet d’utiliser de façon optimale l’espace et puis l’environnement».
Abordant dans le même sens, Tertius Zongo, conseiller de haut niveau de la Banque africaine de développement chargé de la surveillance de la région du Sahel, estime qu’il faut changer de schéma de développement, en investissant là où résident les pauvres.
«Le développement de nos pays aujourd’hui, c’est comment faire pour que :
- les populations restent dans leur terroir, parce que les villes sont devenues des bombes, il faut fixer les populations dans leur terroir,
- comment rendre l’agriculture attrayante ? Lorsque vous voyez des jeunes qui ne vont plus à l’agriculture, ce n’est parce qu’ils ne veulent cultiver, c’est parce que le mode de vie dans les campagnes n’est pas celui auquel ils aspirent, si vous mettez de l’électricité dans les campagnes, si vous avez de l’eau dans les campagnes, si vous avez des centres de santé dans les campagnes, vous verrez des jeunes et des investisseurs s’engager dans une agriculture moderne.
Donc il faut qu’on réunisse les conditions, pour que la croissance monte où les pauvres vivent. Et ou les pauvres existent c’est en campagne, naturellement l’état continue son rôle d’amélioration des conditions globales pour que l’agriculture soit le moteur qui va permettre à l’industrie de se développer et qui va permettre aux services de tenir leur place», explique l'expert.
L’agroéconomiste Bikienga Issa Martin, et ancien ministre de l’agriculture du Burkina Faso, propose des investissements dans le secteur agricole.
«Il faut investir dans le secteur agricole pour permettre de nourrir correctement les populations africaines et donner des chances de développement et de croissance à l’industrie africaine», conseille-t-il.
Tout le reste suivra après, selon les experts.