AA - Istanbul
Mohamed Morsi, premier président démocratiquement élu en Egypte, le 17 juin 2012, puis renversé par une junte militaire, est mort lundi dans le box des accusés au cours d'une audience au tribunal du Caire.
Malgré les insultes et intimidations dont il a été la cible tout au long de ses procès, Morsi s'est vaillamment défendu et a toujours gardé son attitude digne.
Visé par plusieurs chefs d'accusations, Morsi avait écopé de plusieurs condamnations dont la peine capitale au cours de ses différents procès. Certains des procès étaient toujours en cours.
Il avait toujours rejeté la légitimité de son jugement, "je suis toujours le président de ce pays. Selon la constitution, un tribunal ordinaire n'a pas le droit de me juger", assénait-il à ses juges.

Dernièrement, Morsi avait été transféré à la prison de haute sécurité de Burj-al-Arab et placé en isolement. Il n'avait plus aucun contact avec le monde extérieur et la visite de ses avocats et de sa famille lui a même été refusée, à maintes reprises.
- Les déclarations de Morsi devant les tribunaux
Le correspondant de l'Agence Anadolu (AA) a recoupé les interventions les plus marquantes de Mohamed Morsi face à ses juges.
Le président Morsi avait été renversé, arrêté à son domicile et placé en détention, le 3 juillet 2013, lors d'un coup d'Etat fomenté par son ministre de la Défense et Chef d'état-major, Abdel Fattah al-Sissi.
Il avait pu rencontrer sa famille, pour la première fois, au mois de septembre 2013, "je vais bien, je suis décidé à m'opposer au coup d'Etat jusqu'à mon dernier souffle", avait-il fait passé comme message.
Morsi avait refusé de porté l'uniforme blanc imposé aux détenus par les autorités égyptiennes, et lancé au juge du tribunal au cours de sa première comparution, "je suis ton président légitime, tu n'as aucune autorité".
Au mois de janvier 2014, il est apparu dans le box des accusés pour la première fois avec l'uniforme blanc, comme les 21 autres prévenus.
S'adressant au président du tribunal depuis la cage de verre, il a déclaré, "je suis le président légitime de ce pays. Je ne reconnais aucune mesure prise depuis le 3 juillet".
- Les putschistes rendront des comptes
Au cours de son procès pour espionnage, du mois d'avril 2014, il demanda à ses juges de transmettre ses salutations à son peuple et affirmé que le pouvoir des putschistes s'écroulera et qu'ils rendront des comptes.
- Message de Morsi "aux révolutionnaires libres"
Renversé par un putsch militaire, le président Morsi a partagé un message au mois de juin 2014 dans lequel il appelle les "révolutionnaires blancs" à poursuivre la lutte pacifique.
"Allah m'en est témoin. Tout au long de ma fonction, je n'ai pas reculé dans la lutte contre la criminalité et la corruption. J'ai accompli des choses biens et commis des erreurs. Mais je n'ai jamais trahi votre confiance, je ne la trahirai pas. J'ai consacré mes années à la lutte contre ces criminels et je poursuivrais ma lutte jusqu'à la fin de mes jours", avait-t-il partagé sur son compte Facebook.
S'adressant à son peuple, il avait dispensé ses quelques conseils avisés, "restez unis, ne vous divisez pas. Sinon, la peur vous envahira et vous perdrez votre force et votre Etat".
Morsi avait poursuivi :
"Révolutionnaires ! Poursuivez votre marche, sans faillir, vers une révolution pacifique. J'ai entièrement confiance en la victoire."
Et Morsi de conclure:
"Les jeunes révolutionnaires de l'Egypte. Vous avez impressionné le monde entier. Vous êtes les jeunes d'aujourd'hui, de demain, de maintenant et de l'avenir. Vous êtes même la patrie. J'ai croyance que votre détermination et persévérance permettra de reprendre le flambeau de la révolution et de le porter jusqu'à la victoire. Révolution, révolution. Patience, patience. Dès maintenant, je vous imagine raconter aux générations futures comment vous avez gagné cette lutte par la patience et le sacrifice. Le sang des martyrs, la lutte des blessés et des prisonniers ne seront pas sacrifiés inutilement. Je sais qu'il s'agit d'une voie difficile mais j'ai confiance en la victoire d'Allah, en la justice de notre cause et en vous."
- "Nous sommes inquiets de l'état de santé de Morsi"
En mars 2016, le Conseil Révolutionnaire Egyptien (ERC) avait exprimé ses inquiétudes concernant l’état de santé de Mohamed Morsi.
A cette époque, Morsi n’avait pas participé à deux audiences suite à quoi le Conseil Révolutionnaire Egyptien avait envoyé plusieurs messages destinés aux parlements internationaux, dont le Parlement Européen, et aux organisations des droits de l’Homme, pour exprimer leurs inquiétudes à l’égard de l’état de santé de Mohamed Morsi.
- "Je suis dans la salle d'audience mais j'ai l'impression d'être jugé par défaut"
Lors de son audition en novembre 2017, le premier Président démocratiquement élu en Egypte avait indiqué: "Les reflets à l’intérieur de la cage de verre me donnent des nausées. J'ai l'impression d'être jugé par défaut à cause du système d’éclairage qu’il y a à l’intérieur."
Lors du procès sur l’affaire de "l’assaut des prisons" pour laquelle 28 autres personnes étaient accusées, Morsi avait pris la parole pour critiquer les conditions dans lesquelles se déroulait le procès.
"Je suis dans la salle d’audience mais j’ai l’impression d’être jugé par défaut. Je ne vois pas Ia Cour et je ne sais même pas si eux me voient. J’entends très mal ce que dis la défense. Cela fait des mois que je n’ai pas vu mes avocats", avait-il dit.
Morsi était jugé dans le cadre de plusieurs procès dont notamment l’affaire de "l’intelligence avec Hamas, Hezbollah et les Gardiens de la Révolution", "l’affaire de l’assaut des prisons" et "pour encourager les violences devant le palais présidentiels causant la mort de nombreux manifestants".
- Mohamed Morsi a rendu l'âme dans la salle d'audience
Le président déchu, Mohamed Morsi, âgé de 67 ans, a rendu l’âme, le 17 juin 2019, lors de son audience au tribunal sur l’affaire "d’espionnage".
Mohamed Morsi avait été élu président en 2012, un an après l’éviction de Moubarak après le soulèvement populaire du 25 janvier. Il a toutefois été destitué par l'armée lors d'un coup d’État fomenté par le ministre de la Défense de l’époque et actuel président, Abdel Fattah al-Sissi, le 3 juillet 2013, après seulement un an de pouvoir.