Le président turc Recep Tayyip Erdogan a déclaré que l’accord signé à La Mecque entre la Türkiye, l’Arabie saoudite et le Pakistan représentait une évolution majeure.
« La signature de cet accord tripartite à La Mecque entre l’Arabie saoudite, la Türkiye et le Pakistan a constitué une véritable occasion d’adresser un message important au monde », a-t-il affirmé.
Le chef de l’État turc s’exprimait dans un entretien accordé à la chaîne de télévision Al Jazeera Arabic, basée à Doha, au cours duquel il a abordé plusieurs sujets d’actualité.
Erdogan a souligné que cet entretien avait lieu le jour des célébrations du 25ᵉ anniversaire du Parti de la justice et du développement (AK Parti).
« Nous réunir en un tel jour représente pour nous une joie toute particulière. Après ces célébrations marquant notre premier quart de siècle, nous avancerons, si Dieu le veut, vers de nombreux autres », a-t-il déclaré.
Évoquant l’Accord de défense commune de La Mecque, récemment signé entre la Türkiye, le Pakistan et l’Arabie saoudite et axé sur les questions de sécurité, Erdoğan a déclaré :
« Avant toute chose, l’accord de La Mecque représente une évolution majeure. Sa signature par l’Arabie saoudite, la Türkiye et le Pakistan nous a permis d’envoyer un message important au monde. La conclusion de cet accord tripartite à La Mecque nous a conféré une force supplémentaire tout en adressant un message particulier à la communauté internationale. Je suis convaincu que le Pakistan, la Türkiye et l’Arabie saoudite en sont sortis pleinement satisfaits. Puisse cet accord être bénéfique. »
Le président turc a estimé que la conclusion d’un tel accord, dans un contexte de tensions entre les États-Unis et l’Iran, constituait un message important en faveur de la paix mondiale.
« Je parle d’un message important pour la paix mondiale, car le choix de La Mecque représente une étape majeure en faveur de la paix, la Türkiye étant un pays qui défend cette dernière. Tout au long du processus entre l’Iran et les États-Unis, nous avons constamment souligné que nous étions favorables à la paix. Le Pakistan, la Türkiye et l’Arabie saoudite ont pris place parmi les défenseurs de cette paix. Nous continuerons à suivre cette voie », a-t-il expliqué.
Interrogé sur la similitude entre l’accord de La Mecque et le principe de défense collective prévu par l’article 5 du traité de l’OTAN, Erdoğan a répondu :
« Le principe de défense commune établi par cet accord est comparable aux dispositions de l’article 5 de l’OTAN. En cas de difficulté, les trois pays auront la possibilité d’agir ensemble. Qu’une attaque vise la Türkiye, l’Arabie saoudite ou le Pakistan, les trois pays pourront se défendre mutuellement contre toute agression, puisqu’il s’agit d’un pacte de défense commune. »
Concernant une éventuelle adhésion d’autres pays, Erdogan a indiqué que la porte demeurait ouverte.
« D’autres pays pourraient à tout moment rejoindre ces trois États. L’accord ne se limite pas nécessairement à l’Arabie saoudite, à la Türkiye et au Pakistan. Lorsque nous l’avons signé, nous avons clairement indiqué que notre porte resterait ouverte aux pays qui souhaiteraient y adhérer », a-t-il déclaré.
Le président turc a ajouté que l’Égypte pourrait également rejoindre l’accord si elle le souhaitait.
Abordant la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, Recep Tayyip Erdogan a exprimé le souhait de voir la paix rétablie dans les plus brefs délais.
Soulignant que la fermeture du détroit d’Ormuz constituait un problème, il a déclaré :
« Il faut rétablir au plus vite cette circulation et rouvrir rapidement le trafic pétrolier mondial afin de ne pas interrompre cet important flux. Nous y sommes favorables, tout comme l’Iran. La réouverture gratuite du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz serait une décision particulièrement judicieuse et bénéfique. »
Interrogé sur la position de la Türkiye face aux attaques menées par les États-Unis et Israël contre l’Iran, puis par Téhéran contre les pays du Golfe, Erdogan a affirmé qu’Ankara était opposée à la guerre.
« Nous ne sommes absolument pas favorables à la guerre dans cette région, mais à la paix. Israël est toutefois le principal acteur de cette guerre. Il l’a constamment encouragée et a adopté une position favorable au conflit. D’autres pays en ont payé un lourd tribut, et Israël en porte la responsabilité principale », a-t-il soutenu.
Concernant les efforts de médiation du Qatar et du Pakistan entre les États-Unis et l’Iran, Erdoğan a estimé que les deux pays avaient assumé des responsabilités importantes et qu’ils continueraient à le faire.
« Nous devons tous agir main dans la main et, avant toute chose, poursuivre notre chemin en préservant notre unité et notre solidarité en tant que musulmans », a-t-il déclaré.
Évoquant les relations avec la nouvelle administration syrienne dirigée par le président Ahmed al-Charaa ainsi que les attaques israéliennes contre la Syrie, le président turc a affirmé :
« Les institutions de nos deux États entretiennent d’excellentes relations et nous poursuivons cette coopération. La Syrie est notre sœur et nous ne l’abandonnerons jamais. Elle verra, au cours de cette période, l’attention et le soutien que lui accordent ses frères. Elle ne doit avoir aucune inquiétude. »
Interrogé sur le soutien de la Türkiye à la stabilité de la Syrie, Erdoğan a assuré qu’Ankara continuerait à assumer pleinement ses responsabilités.
Concernant le rôle joué par la Türkiye dans le processus ayant conduit à la chute du régime de Bachar al-Assad, il a ajouté :
« Le président al-Charaa et ses collaborateurs savent parfaitement ce que nous avons accompli. Nous avons pleinement rempli notre devoir et continuerons à le faire. Je me rendrai, si Dieu le veut, à Damas dans les plus brefs délais. »
Commentant la visite du président libanais Joseph Aoun en Türkiye et les relations entre les deux pays, Erdogan a déclaré que les attaques contre le Liban attristaient profondément Ankara.
« Nous nous sommes entretenus avec le président libanais. Nous continuerons à fournir au Liban tout le soutien possible au cours de la période à venir », a-t-il indiqué.
Soulignant l’importance du soutien des États-Unis au processus au Liban, Erdoğan a estimé qu’il fallait sortir le pays du « cercle de feu » dans lequel il se trouve.
« Israël est actuellement l’agresseur. Le Liban subit continuellement ses attaques. Nous devons l’en libérer au plus vite. Nous avons abordé cette question avec les États-Unis et poursuivons nos discussions. Nous en avons également parlé avec M. Trump lors de sa visite en Türkiye et continuerons naturellement à le faire », a-t-il poursuivi.
Interrogé sur la poursuite des attaques israéliennes contre Gaza, Erdogan a affirmé :
« Nous ne pouvons pas abandonner Gaza à son sort. Nous avons jusqu’à présent assumé nos responsabilités à son égard et continuerons à le faire. »
Concernant l’acceptation par le Hamas des conditions relatives au passage à la deuxième phase du cessez-le-feu, notamment des concessions sur la gouvernance de Gaza et la collecte de ses armes, Erdoğan a déclaré :
« Le Hamas a fait preuve de toute la sincérité et de toute la solidarité possibles. Nous n’observons toutefois aucune approche positive du côté d’Israël, qui continue d’attaquer le Liban et Gaza en maintenant son attitude agressive. »
Évoquant ses échanges avec Donald Trump au sujet d’Israël, le président turc a ajouté :
« Je constate que M. Trump est préoccupé par ces développements. Nous formulons tous les avertissements nécessaires et continuerons à le faire. »
Interrogé sur l’attitude hostile de responsables politiques et de médias israéliens à l’égard de la Türkiye, Erdoğan a répondu :
« Nous ne parlons pas de guerre, mais de paix et des moyens de l’assurer dans le monde. Toutefois, si certains attaquent la Türkiye non pas au nom de la paix, mais pour lui faire la guerre, elle ne reculera pas et ne fuira pas ce conflit. Je le dis très clairement, même si nous ne souhaitons pas qu’une telle situation se produise. »
Abordant la situation au Soudan, Erdogan a déclaré :
« Je ne considère pas favorablement les développements au Soudan, mais nous continuons à lui apporter toute forme de soutien. Nos relations avec le président sont également très bonnes. Il existe au Soudan une administration véritablement modérée et idéale. Le président a récemment été notre invité et nous nous sommes entretenus avec lui. Je considère sincèrement le dirigeant soudanais comme l’homme qu’il faut au pays à ce stade. »
Concernant la Libye, il a affirmé que les relations bilatérales se poursuivaient avec détermination.
« Nous n’abandonnerons pas non plus la Libye dans les démarches qu’elle entreprend. Türkiye Petrolleri a déjà pris et continue de prendre des mesures afin d’exploiter conjointement les réserves pétrolières libyennes », a-t-il indiqué.
Évoquant les relations avec Washington, Erdoğan a déclaré attendre du président américain qu’il tienne sa promesse concernant les avions de combat F-35.
« M. Trump nous a fait une promesse au sujet des F-35. Son respect est important pour la Türkiye et nous attendons qu’elle soit tenue », a-t-il affirmé.
Interrogé sur les principaux dossiers entre la Türkiye et les États-Unis, il a indiqué qu’ils étaient nombreux, notamment dans les domaines de l’industrie de défense et du commerce.
Erdogan a également assuré qu’Israël ne faisait pas partie des discussions bilatérales entre Ankara et Washington.
« Notre interlocuteur est l’Amérique. Nous abordons ces questions avec elle et prenons nos décisions en conséquence », a-t-il déclaré.
Concernant les relations avec Moscou, Erdogan a affirmé :
« Nos relations avec la Russie sont excellentes. Nous les entretenons constamment par la diplomatie téléphonique. Mes ministres échangent régulièrement avec leurs homologues russes, qui les contactent également. C’est ainsi que nous poursuivons nos consultations. »
Le président turc a également vanté la cohésion des forces armées et de la gendarmerie de son pays.
« Nous disposons d’une armée et d’une gendarmerie puissantes. Notre armée agit dans l’unité et la solidarité. Elle est unie et indivisible et poursuivra son chemin ainsi. Nos militaires n’ont aucun lien avec la politique », a-t-il déclaré.
Interrogé sur les relations entre la Türkiye et l’Union européenne, Erdoğan a déclaré :
« L’Europe refuse d’intégrer la Türkiye depuis 53 ans et ne semble pas davantage envisager de le faire à l’avenir. Nous n’avons cependant pas fermé notre porte et souhaitons toujours rejoindre l’Union européenne. Si elle nous accepte, tant mieux ; dans le cas contraire, ce n’est pas un problème. L’Union européenne n’est pas notre priorité. Nous lui répétons néanmoins que c’est elle qui y perdra, et non la Türkiye. »
Erdogan a conclu en appelant à suivre l’évolution de la Türkiye sous la direction de AK Parti.
« Avec l’AK Parti, la Türkiye avancera vers un avenir beaucoup plus fort. Que personne n’en doute. Elle abordera demain avec davantage de puissance et poursuivra sa marche avec détermination. Sa place dans la paix mondiale sera également très différente », a-t-il affirmé.
S’adressant enfin au monde arabe, il a déclaré :
« Je leur adresse à tous mes salutations et mon affection. Nous les aimons tous. Nous sommes unis, solidaires et forts. Ne nous blessons pas, ne nous offensons pas et continuons à rester ensemble. »
*Traduit du turc par Ben Amed Azize Zougmore
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