AA / Tunis / Hatem Kattou
Plusieurs têtes de liste de partis politiques en lice pour les élections législatives tunisiennes de dimanche prochain sont des dirigeants sportifs de premier plan.
La tentative de récupération du public sportif, et particulièrement, de celui du football, sport roi en Tunisie, n’est pas loin, en quasi-transgression de certaines dispositions de lois régissant les associations tout en faisant fi des règles de la saine émulation et de la concurrence.
L’illustration la plus éloquente de ce phénomène est celle du parti de l’Union Patriotique Libre (UPL) dirigé par le milliardaire Slim Riahi, président du Club Africain, le club phare de la capitale.
Riahi, qui est, par ailleurs, propriétaire d’une chaîne de télévision privée, et dont le parti se présente dans les 33 circonscriptions électorales, compte, implicitement, sur le soutien des centaines de milliers de fans « clubistes » pour obtenir le maximum de voix lui permettant d’accéder à l’hémicycle du Bardo.
Moncef Charfeddine, tête de liste de Nida Tounes (Appel de la Tunisie), parti de l’ancien Premier ministre Béji Caïd Essebsi et un des principaux favoris du scrutin, est « subsidiairement » président de « l’Etoile Sportive du Sahel », club historique de Sousse (Centre-est) crée en 1925.
Nida Tounes compte également un autre représentant de taille en la personne de Moncef Sellami, tête de liste du parti à Sfax (Sud), capitale économique du pays.
Sellami, âgé de 73 ans, richissime homme d’affaires, qui a pris la tête d’un groupe de Médias qui édite le quotidien « Le Maghreb », avait assuré la présidence du Club Sportif Sfaxien (CSS), par deux fois en 2008 et en 2012.
Un autre grand club tunisien, en l’occurrence le Club Athlétique Bizertin (Nord) est présidé par Mehdi Ben Gharbia, un des principaux dirigeants de « L’Alliance Démocratique » (Centre) et tête de liste de la circonscription de Bizerte.
Le parti d’Ennahdha n’est pas en reste. Bien que n’ayant aucun dirigeant ou figure sportis de premier plan sur ses listes, il n‘en demeure pas qu’une tentative a été faite dans ce sens mais qui a été infructueuse.
En effet, le parti majoritaire lors des précédentes élections de 2011, a vu les candidatures de Tarek Dhiab (Tunis 1) et de Adel Daadaa invalidées pour vice de procédure.
Tarek Diab, ballon d’or africain en 1977 et ancienne coqueluche du ballon rond tunisien et de l’Espérance de Tunis, a été nommé ministre des Sports dans les gouvernements présidés Hamadi Jebali Ali Laarayedh entre décembre 2011 et janvier 2013.
Adel Daadaa , président du Club Sportif de Hammam-Lif, banlieue Sud de la capitale, et chargé des Relations Publiques dans le parti dirigé par Rached Ghannouchi, a été remplacé par un ancien joueur de football en la personne de Sofien Melliti dans la circonscription de Ben Arous.
Le même club de Hammam-Lif compte un autre candidat dans les rangs du parti al-Moubadera, formation politique présidée par le dernier chef de diplomatie de Ben Ali, Kamel Morjane.
Mongi Bhar, puisque c’est de lui qu’il s’agit est un officier de douane, mais surtout un ancien président de 2006 à 2011 du club de Hammam-Lif, où avait vécu durant de longues années Béji Caid Essebsi.
Le même Béji Caid Essebsi, dont le fils, Hafedh, ancien vice-président de l’Espérance de Tunis, deuxième club phare de la capitale, aurait été imposé par le « pater » tête de liste de la circonscription Tunis 1, n’eut été une farouche opposition interne qui a créé une polémique ravageuse contraignant l’ancien chef de diplomatie de Bourguiba à céder.
Tout cela ne peut qu’illustrer la relation intime établie entre politique et sport, tout particulièrement, le football, une discipline qui déchaîne les passions dans ce pays où les jeunes, qui en sont mordus et férus, représentent une frange majoritaire de la population.
Il convient de mentionner que cette dialectique entre sport et politique n’est pas nouvelle dans la Tunisie post-révolution. Même avant janvier 2014, et durant un demi-siècle, le pouvoir en Tunisie ne s’accommodait pas d’une neutralité ou d’une indépendance franche et stricte des structures sportives et des grands clubs.
Au contraire, le « Système » désignait, de manière certes « indirecte » parfois ou parrainait les dirigeants des clubs phares qui drainent les foules et mobilisent la masse.
L’exemple le plus saisissant de ce mélange des genres a été celui de Slim Chiboub, actuellement en fuite aux Emirats Arabes Unis, qui avait présidé aux destinées de l’Espérance Sportive de Tunis de 1989 à 2004. Chiboub est le gendre de l’ancien président Ben Ali, exilé à son tour en Arabie Saoudite.
Hamed Karoui (84 ans), Premier ministre de Ben Ali de 1989 à 1999, et actuellement chef du Parti du Mouvement Destourien, avait également été à la tête de l’Etoile Sportive du Sahel pendant 18 ans.
Bourguiba, premier président de la Tunisie indépendante, et sans influer et intervenir directement dans le domaine sportif, avait été de son vivant président d’honneur de la même Espérance de Tunis. Ça en dit long sur cette histoire, au recommencement éternel.