AA - Istanbul - Tuncay Çakmak
Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré que tous les groupes terroristes de la région servent le régime de Bachar al-Assad de manière directe ou indirecte.
Erdogan est intervenu lors du 7ème Sommet de l’Energie et de l’Economie du Conseil Atlantique, jeudi, à Istanbul.
"Aujourd'hui, tous les groupes terroristes de la région servent le régime de Bachar al-Assad de manière directe ou indirecte. Le régime de Damas achète le pétrole de Daech et la finance [l'organisation terroriste]. Il faut être aveugle pour ne pas voir cela", a-t-il dit.
Erdogan estime que la principale cause de l’apparition des crises humanitaires et des groupes terroristes, est le régime d'al-Assad, qui est responsable du massacre de 380 000 syriens.
«Je le dis clairement, ceux qui soutiennent ce régime qui pratique un terrorisme d’Etat, partagent la même responsabilité», a-t-il souligné.
Par ailleurs, le président turc est longuement revenu sur la question des migrants et des réfugiés qui fuient les crises et les guerres, notamment le conflit en Syrie.
Pour Erdogan, la communauté internationale n’a pas été à la hauteur dans cette crise humanitaire.
«La Turquie a été abandonnée à son sort face aux crises humanitaires. Depuis près de cinq ans, nous supportons seuls le poids de 2,5 millions de réfugiés. Nous avons dépensé plus de 8,5 milliards de dollars pour leur accueil dans nos camps, alors que seulement 280 mille y résident. A Istanbul, environ 500 000 réfugiés sont présents", a-t-il expliqué.
Le chef de l’Etat a indiqué que cette situation provoque de lourds traumatismes sociaux et psychologiques tant chez les réfugiés que dans la société turque.
"Alors que nous luttons depuis 35 ans contre le terrorisme à l'intérieur de notre pays, nous avons ouvert nos portes à ces réfugiés, a-t-il poursuivi. Nous ne pouvions abandonner ces gens sous les barils explosifs. Notre population et nos associations offrent une aide humanitaire exceptionnelle à ces réfugiés. En revanche, la Communauté internationale, et tout particulièrement l'Europe, a ignoré la situation."
Erdogan a saisi l'occasion pour faire un appel à l’Europe en faveur du renforcement des relations avec son pays.
"Les flux de réfugiés syriens et irakiens ont une nouvelle fois démontré l'importance des relations entre la Turquie et l'Union Européenne (UE) . Il est maintenant nécessaire que chacun se rende compte qu'une coopération étroite entre la Turquie et l'Europe peut avoir de sérieuses conséquences en Eurasie et au Moyen-Orient. L'UE y sera gagnante", a-t-il soutenu.
Sur la question de la lutte contre le terrorisme, le président turc s’est concentré sur la question des amalgames entre l’Islam et les terroristes, appelant l’Europe à lutter contre le racisme et l’islamophobie.
"Nous ne devons en aucun cas juger une religion sur les agissements de personnes mauvaises qui peuvent provenir de l'une ou l'autre des communautés religieuses qu'elle soit musulmane, chrétienne ou juive. Personnellement, je condamne fermement ces terroristes qui se réclament de ma religion", a-t-il souligné.
Erdogan a ensuite mis en garde contre les risques de la montée du racisme et de l’Islamophobie.
"Si les attaques racistes et fanatiques ne sont pas enrayées en Europe, nous risquons de vivre de nouvelles tragédies. Le racisme, qui s'associe à la haine de l'Islam, est le plus grand danger. Je suis convaincu que tous les dirigeants européens en sont conscients."
"Ceux qui font une distinction entre les organisations terroristes et aident le PYD en Syrie, soutiennent dans un sens le terrorisme", a-t-il encore dit.
«Ceux qui accusent l'Islam et les musulmans à travers Daech sont dans une grande erreur, toutes ces organisations terroristes, Daesh, Al-Qaïda ou Boko Haram, attaquent d'abord les musulmans. Elles n'ont aucun rapport avec l'Islam", a-t-il martelé.
Le président turc a déclaré que les dirigeants des pays musulmans luttent et condamnent toute forme d'extrémisme, ajoutant qu’il est légitime d'attendre la même attitude des autres pays.
Par ailleurs, le chef de l’Etat est revenu sur la nécessaire coopération internationale contre le terrorisme.
"Les dernières attaques terroristes commises à Paris nous placent face à une nouvelle donne, tant au plan de la lutte contre le terrorisme que celui de la question des migrants», a-t-il lancé.
«Nous avons débattu de cela lors du sommet du G20 et la déclaration finale a clairement exprimé notre unité et notre volonté commune de lutter contre le terrorisme", a-t-il conclu.