Sanaa Ou Amir Ahamada
11 Juillet 2026•Mise à jour: 11 Juillet 2026
AA/Istanbul/Sanaa Amir
La Russie s'est dite prête à soutenir le Mozambique dans sa lutte contre l'insurrection jihadiste qui sévit depuis huit ans dans la province de Cabo Delgado, riche en gaz naturel. L'annonce a été faite jeudi 9 juillet par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, lors d'une visite à Maputo, selon des propos rapportés par l'agence de presse russe TASS et relayés par Reuters.
« La Russie est disposée à répondre à une demande de nos amis mozambicains concernant le soutien que nous pouvons apporter pour éliminer la menace terroriste qui persiste dans le nord du pays », a déclaré M. Lavrov, cité par l'agence de presse publique russe, TASS.
Une étape d'une tournée africaine
Le chef de la diplomatie russe s'est entretenu avec le président mozambicain Daniel Chapo ainsi qu'avec son homologue, la ministre des Affaires étrangères et de la Coopération Maria Manuela Lucas. Le Mozambique constitue la troisième étape de la tournée africaine de Sergueï Lavrov, après l'Éthiopie et le Niger, où il a participé à des consultations avec l'Alliance des États du Sahel, précise l'agence Xinhua.
À l'issue de la rencontre, Mme Lucas a indiqué que la coopération sécuritaire demeure un pilier clé des relations bilatérales et que les deux pays continueraient de travailler ensemble dans la lutte contre le terrorisme, selon Xinhua. De son côté, Sergueï Lavrov a précisé que Moscou continuerait d'assister le Mozambique par la formation de personnel et la fourniture d'équipement militaire, ajoute la même source.
Un partenariat aux racines anciennes
Lors de la rencontre, un détail symbolique a retenu l'attention ,le drapeau mozambicain flottant derrière le ministre russe arbore un fusil AK-47. Selon des propos rapportés par RFI, Sergueï Lavrov a indiqué que le président Chapo lui avait rappelé que les Mozambicains se souviennent très bien de l'aide apportée par l'Union soviétique pendant la lutte pour l'indépendance, en matière de formation et d'armement.
Cabo Delgado, une province sous tension
La province de Cabo Delgado est confrontée depuis 2017 à une insurrection jihadiste qui a fait basculer la région dans la violence. Elle abrite le bassin gazier du Rovuma, l'une des découvertes de gaz naturel offshore les plus importantes recensées depuis vingt ans, qui a attiré des groupes énergétiques majeurs comme TotalEnergies, ExxonMobil et Eni.
Une attaque terroriste sur la ville de Palma avait contraint TotalEnergies à suspendre en 2021 son projet de gaz naturel liquéfié, évalué à 20 milliards de dollars. Le projet Mozambique LNG n'a repris qu'en janvier 2026, après un retour relatif de la stabilité sécuritaire dans la zone, rapporte l'agence Ecofin. Le président Chapo présente d'ailleurs l'amélioration de la sécurité comme un facteur déterminant dans le retour des grands investissements, citant la reprise de Mozambique LNG, la décision finale d'investissement du projet Coral Norte et les perspectives d'approbation du projet ExxonMobil, selon Ecofin.
La persistance des attaques rappelle toutefois que la stabilisation de la province reste incomplète. Un chercheur basé au Mozambique, Borges Nhamirre, cité par Ecofin, estime que la stratégie centrée principalement sur l'action militaire n'a pas permis jusqu'ici de mettre fin durablement à l'insurrection, un conflit qui resterait alimenté par des facteurs sociaux, économiques et politiques locaux nécessitant une approche plus globale. Le président Chapo a lui-même évoqué la possibilité d'explorer une voie de dialogue avec les insurgés, en complément des opérations militaires, ajoute la même source.
Une présence sécuritaire russe qui s'étend en Afrique
Cette offre s'inscrit dans une stratégie plus large de Moscou visant à renforcer ses partenariats sécuritaires sur le continent, relève l'agence Ecofin, notamment à travers l'Africa Corps, la force paramilitaire qui a succédé au groupe de mercenaires Wagner et qui est déjà active dans plusieurs pays. Selon La Nouvelle Tribune, ce dispositif intervient déjà au Sahel Mali, Burkina Faso, Niger , à Madagascar, où des instructeurs russes ont livré des blindés BMP-3 et des drones tout en formant la garde présidentielle, ainsi qu'en République centrafricaine, où la présence russe s'est muée en dispositif de sécurité rapprochée du chef de l'État.
Le Mozambique constituerait ainsi un nouveau maillon de cette carte sécuritaire russe en Afrique, avec une particularité relevée par La : un enjeu économique immédiat, évalué à plusieurs dizaines de milliards de dollars d'investissements gaziers occidentaux, directement exposé à l'instabilité de la région.
Pas de demande officielle pour l'instant
Pour l'heure, aucune demande officielle d'aide militaire n'a été formulée par Maputo. La prochaine Commission intergouvernementale Russie-Mozambique, dont la date n'a pas encore été fixée, devrait permettre de clarifier les contours d'une éventuelle coopération sécuritaire renforcée. Le Mozambique a par ailleurs déjà confirmé sa présence au prochain sommet Russie-Afrique, prévu en octobre à Moscou, selon des propos de Sergueï Lavrov.
Au-delà du volet sécuritaire, les discussions entre les deux dirigeants ont également porté sur le commerce bilatéral et les plans de modernisation économique du pays.