Mariem Njeh
27 Juin 2026•Mise à jour: 27 Juin 2026
AA / Istanbul / Mariem Njeh
La République démocratique du Congo (RDC) a déposé vendredi une requête introductive d'instance contre le Rwanda devant la Cour internationale de Justice (CIJ), portant sur un différend relatif à des « abus attribuables au Rwanda sur une période s'étendant de 1996 à nos jours », a annoncé la Cour dans un communiqué.
Des abus visant plusieurs groupes ethniques congolais
Selon la RDC, ces abus ont été « commis dans le cadre d'une campagne de génocide et de violations graves et généralisées des droits de l'homme menée par les autorités rwandaises dans l'est du Zaïre, puis dans l'est de la République démocratique du Congo ». Kinshasa précise qu'ils ont « principalement ciblé les Hutus présents sur le territoire zaïrois, puis congolais, à la suite du génocide contre les Tutsi en 1994 », ajoutant qu'ils ont également visé d'autres groupes ethniques congolais, notamment les Nyindu, les Bembe, les Lega, les Nande, les Hunde et les Bashi.
Le Rwanda n'a pas réagi dans l'immédiat.
La nouvelle requête congolaise s'inscrit dans une longue histoire judiciaire entre les deux pays devant la CIJ. En juin 1999, la RDC avait déjà saisi la Cour contre le Rwanda pour des « actes d'agression armée », avant de se désister de l'instance en janvier 2001, en se réservant expressément « la possibilité de faire valoir ultérieurement de nouveaux chefs de compétence ». Une deuxième requête, introduite en mai 2002, s'est soldée par un arrêt du 3 février 2006 dans lequel la Cour s'est déclarée incompétente, le Rwanda ayant émis des réserves aux clauses compromissoires des conventions sur le génocide et la discrimination raciale.
La RDC, relayée par la presse internationale, affirme que le Rwanda a agi « tant par l’intermédiaire de ses propres forces armées qu’au travers de groupes armés placés sous son contrôle », y compris le groupe antigouvernemental M23, depuis sa résurgence, à la fin de 2021.
Le Rwanda rejette catégoriquement toutes les accusations de la RDC et de la communauté internationale concernant son soutien à la rébellion du M23 ou son implication dans des violations des droits de l'homme dans l'est congolais. Kigali affirme que le M23 est un mouvement interne à la RDC luttant pour sa survie, et justifie sa propre posture militaire par la nécessité vitale de se défendre contre les FDLR, « une milice génocidaire » qu'il accuse l'armée congolaise de soutenir.
Organe judiciaire principal des Nations Unies, la CIJ a été instituée par la Charte des Nations Unies en juin 1945 et a entamé ses activités en avril 1946. Elle est composée de 15 juges élus pour un mandat de neuf ans par l'Assemblée générale et le Conseil de sécurité de l'ONU, et siège au Palais de la Paix à La Haye (Pays-Bas).
Contexte
La requête congolaise intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu. Moins de sept mois avant ce dépôt, la RDC et le Rwanda avaient signé, le 4 décembre 2025 à Washington, des accords portant à la fois sur la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs et sur un cadre d'intégration économique régionale, notamment la formalisation des flux de minerais congolais via le territoire rwandais.